P1060030_resizedQuand on se destine à une carrière en Soins infirmiers, déjà, on sait qu’on aura constamment à s’adapter : situations d’urgence, gestion de priorités, d’émotions, de patients tous plus différents les uns que les autres, etc. Les stages obligatoires sont formateurs, mais choisir de faire son stage à l’international teste encore davantage les habiletés développées. C’est le défi qu’Axelle Lerat et Jean-Philippe Fearnley, finissants en 5e et 6e session, ont choisi de relever. En janvier 2016, ils ont passé trois semaines à Thiès, au Sénégal, avec 10 de leurs collègues.

Sans hésiter, les deux camarades, qui rêvent de travailler à l’étranger, ont sauté dans l’aventure. « C’était le meilleur moyen de savoir si ça me convient, explique Axelle. Même son de cloche du côté de Jean-Philippe, «le contexte était idéal, dans un milieu différent, avec moins de moyens, mais plus sécuritaire qu’en y allant seul ».

Correspondant au stage obligatoire en médecine chirurgie de la 5e session du programme Soins infirmiers, le projet de mobilité offert au cégep Édouard-Montpetit regroupe 12 étudiants sous la supervision des professeurs de soins infirmiers Nicole Boulais et Maxime Brunelle, responsables du projet. À l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Thiès, puis au dispensaire Sainte-Anne, les participants ont mis en pratique leurs connaissances.

Chocs culturels

Avant l’arrivée au Sénégal, en plus de leurs cours habituels, ils ont fait une formation préparatoire pour aborder, entre autres, les pathologies locales, le choc culturel ou la vie commune. Un volet sur la communication interculturelle a aussi été présenté par la Boussole interculturelle du Cégep. Dès les premiers jours, malgré la préparation, ils sont confrontés à une tout autre réalité. La chose la plus marquante, la douleur physique endurée par les patients. «Psychologiquement, on n’était pas prêts pour ça, raconte Jean-Philippe. Les soins étaient souvent faits sans anesthésie ni antidouleur et c’était dur de les voir souffrir. On ne pourrait pas faire ça au Québec.» «On se sentait impuissant, ajoute Axelle; on étudie tellement pour aider, pour soulager… parfois, avec certains patients, la seule chose que je pouvais faire était de tenir une main, sans pouvoir rassurer la personne, à cause de la barrière de la langue, explique-t-elle».

Des situations difficiles qui forcent l’adaptation et amènent les participants à penser davantage leur approche auprès des patients. L’attitude s’avère donc primordiale dans la relation d’aide. «Quand on enseigne aux étudiants l’importance de la communication non verbale, précise Nicole Boulais, ils peuvent vraiment en réaliser l’ampleur dans ce stage puisqu’on tend, chez nous, à mettre l’accent sur le verbal dans notre pratique au quotidien».

Adapter sa pratique

Si la douleur se vit autrement, la mort aussi. Pour l’ensemble du groupe, ça a été un choc de découvrir comment le personnel sénégalais compose avec la mort.

Ils réagissent très différemment, il n’y a pas d’acharnement, précise Jean-Philippe, en rappelant le cas d’un patient en arrêt cardio-respiratoire où le personnel médical, après avoir fait quelques compressions, en vain, a conclu en disant « Il doit partir. C’est la vie, elle est faite comme ça».

Comme ils sont très croyants, ça teinte beaucoup leur rapport à la mort, ajoute-t-il». Même si les étudiants ont envie d’en faire plus, ils ne peuvent s’imposer et se doivent de respecter et d’adapter leur pratique à la culture du pays.

Faire le stage à l’international a justement pour objectif de se placer dans un contexte différent, de sortir les participants de leur zone de confort. «Quand on forme les futurs infirmiers en leur disant d’accepter leur patient et ses valeurs, ça semble facile quand on partage ces mêmes valeurs, mais ça devient un réel défi quand on fait face à une vision différente de la sienne».

Malgré les différences constatées, il y avait un partage de part et d’autre et les deux étudiants soulignent combien ça leur a apporté. «Ils posent beaucoup de questions et s’intéressent à nos pratiques, relate Axelle». «C’était super aussi de les voir se jeter sur nos livres de soins infirmiers, des bibles à leurs yeux, poursuit Jean-Philippe; on réalise qu’on est chanceux d’avoir de tels ouvrages de référence. Même les médecins les feuilletaient».

Des impacts tangibles

Depuis leur retour, Axelle et Jean-Philippe s’entendent pour dire qu’ils voient leur profession d’un autre œil. S’ils avaient tendance à idéaliser leur milieu avant le départ, ils voient maintenant ce qu’ils peuvent apporter de plus dans leur pratique. «Je suis plus proche de mes patients, plus humaine, plus à l’écoute», partage Axelle. Tout en correspondant au rendement imposé ici, j’essaierai si j’ai un peu de temps de privilégier mes patients qui ont besoin de parler pour aller les voir». Quant à Jean-Philippe, il constate l’abondance de ressources dans les établissements québécois et l’utilisation sans compter. « Là-bas, on n’avait pas autant de matériel, on essayait de faire le maximum de soins avec le minimum».

Ils rec8P1050024_resizedommandent assurément l’expérience à leurs confrères, tout en précisant «qu’il faut une bonne dose de maturité, d’autonomie et être bien préparé» précise Jean-Philippe. Parmi leurs meilleurs souvenirs, l’expérience au sein d’un groupe uni et diversifié et l’ambiance générale sortent en premier. « Pouvoir échanger, rire ensemble, partager les moments plus difficiles; on se sentait en famille», mentionne Axelle. Tous les deux sont d’avis que l’expérience est fort pertinente pour leur arrivée sur le marché du travail. Jean-Philippe songe déjà à travailler aux soins intensifs ou à l’urgence pour être polyvalent et travailler dans le Grand Nord ou à l’international, alors qu’Axelle penche pour l’aide humanitaire ou le rapatriement aérien.